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Séminaire 26-03-09 Individu et institutions collectives - Joël Roman Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Louis Dumont distingue l'individualisme du holisme, la société moderne de la société traditionnelle (exemple des castes où la société prescrit un rôle à l'individu, place qui lui assigne des attitudes particulières). Cette distinction inspire deux courants sociologiques : l'individualisme méthodologique, et le holisme.

Le sentiment de l'existence est propre à l'homme, mais il est construit. Il peut venir d'un espace de foi personnelle, d'une doctrine du Salut. Car la religion est à la fois universelle et individuelle en tant que travail personnel de conversion (cf Saint Augustin, « Confessions »). En ceci, le catholicisme s'oppose aux religions collectives (à Rome, en Grèce, et la religion Juive par exemple).

L'existence urbaine (croissance des villes) favorise l'émergence de l'individu, étant des lieux d'anonymat. Car l'individu n'y est plus rapporté à son rôle social affecté mais peut exister de différentes manières.

L'invention d'un for intérieur viendrait aussi avec l'imprimerie et la lecture solitaire et silencieuse (espace de dialogue entre moi et moi). La lecture médiévale avait, elle, une portée collective.  S'y ajoutent les ouvrages de spiritualité du 17ème et l'espace du romanesque au 19ème (invention du sentiment avec l’ouverture d'un répertoire d'attitudes et de sentiments possibles, à mimer). L'individualisme peut alors être vu comme transformation de masse.

Les relations conjugales (et familiales) jouent également dans la construction de l'individu, par le passage du mariage prescrit à l'alliance volontaire d'une personne avec une autre.

Enfin, l'individu se construit avec la représentation de la société comme le produit d'un contrat social (librement consenti), contrat présenté comme une fiction mais cependant significative et qui accrédite l'idée que l'individu est le fondement de l(appartenance au collectif, de l'ordre politique en quelques sortes.
Remarque : les premiers théoriciens du droit naturel ne croyaient pas l'individu seule source du lien social, mais soutenaient l'idée qu'il faut une religion civile, commune, déterminant la capacité effective à faire société, à fonctionner ensemble.

Ensuite émergent des institutions collectives, dont la finalité est de produire de l'individu, au principe de l'individualisme. L'école en est un exemple, puisqu'elle est vouée dans ses fondements, à fabriquer un individu autonome, émancipé (la scolarisation de masse produit un individualisme de masse). La protection sort elle aussi du cercle restreint de la solidarité, pour être prise en main par des institutions perçues comme extérieures et envers lesquelles on se sent libéré de toute dette, alors qu'au fond, ce sont elles qui nous ont amenés à penser ainsi.

Ce qui fait exister la solidarité dans la société de l'individualisme
Le lien social est censé préexister aux formes individuelles, mais au fur et à mesure que les institutions prennent en charge ces éléments, les liens de solidarité de proximité tendent à diminuer. D'où le recours à la nation, à la patrie. Mais cela ne fonctionne qu'en temps de crise, de conflit, de difficulté avec d'autres patries. Et l'existence d'organisations internationales a rendu inopérant tout recours à cette entité.
Le travail fonctionne aussi comme lien (cf le solidarisme de Léon Bourgeois, l'un des premiers représentants de la Ligue de l'enseignement) : les individus naissent avec une dette sociale, qu'ils remboursent par le travail pour prendre la positon de créditeur… Le solidarisme s'applique dans les systèmes de retraite par exemple, où l'on prélève des cotisations sociales. Mais cette thèse montre des limites en cas de déséquilibre financier et d'affaiblissement de sa justification théorique (ceux qui ne travaillent pas ?). D'où l'invention de systèmes non plus assis sur le travail mais sur d'autres fondements (revenu par exemple), ce qui provoque un basculement philosophique de la théorie fondée sur le travail.

Les valeurs partagées peuvent-elles faire lien ? Liées à l'idée de nation, on a vu qu'elles ne fonctionnent plus. Universelles, elles ne peuvent plus faire lien non plus, car on atteint un niveau de généralité trop élevé. Celles-ci sont plus aptes à pointer des abus, elles ne créent pas de liens positifs.

La morale commune (proche du catholicisme) perdure, mais elle a perdu de sa vigueur comme ciment social, car contient des contradictions et s'est peu à peu transformée en soucis de soi, en valeur de l'individu telles que « réussir sa vie », ce qui prend un sens différent pour chacun.

Selon que l'on cite Alain Erhenberg (« La fatigue d'être soi ») ou Robert Castel, l'individu est soit fatigué, soit désaffilié, mais en tous cas, contraint  de réussir SA vie, et d'être responsable des difficultés de sa propre existence. D’où la recherche de prothèses (horoscope, conseils des magazines, coach…). Elles peuvent aussi prendre la forme de convivialités sur lesquelles construire des sortes d’identités collectives, bien que temporaires. La montée de l’exigence identitaire vient de là. Les références à la tradition sont toujours des identités individuelles réinventées pour surmonter la difficulté d'être (le traditionalisme existe quand justement la tradition est rompue).

Les liens volontairement consentis sont donc intenses et fragiles, car dès que l'individu se désimplique, ils s'effondrent (à l'exemple du mariage).
Le lien institutionnel lui, perdure malgré moi, mais il est peu intense car non choisi et je ne le perçois que peu, voire pas.

Le marché est un système où l'échange n'est plus fonction des position hiérarchiques de tel ou tel individu (à la différence des sociétés traditionnelles où le riche DOIT donner au pauvre). L'échange marchand anonymise chacun, il est désintéressé. L'argent gomme les particularités, les singularités. Ainsi, les néolibéraux pensent qu'il faut défaire les relations sociales encore ancrées dans l’identité collective pour libérer les individus. Le seul obstacle qui demeure c’est celui du revenu. Alors on attribue une subvention aux plus pauvres, pour leur permettre d'accéder au marché (impôts négatifs, solvabilisation des individus non solvables).
Exemple : En place de crèches, on donne une subvention pour accéder à un système de garde payante, et en place de logement social on fait crédit aux plus démunis pour qu'ils accèdent à la propriété privée…
Mais quand le système de crédit s'effondre, que fait-on ? La logique de l'hyper individualisme oblige à repenser les institutions collectives contre la logique marchande.

Cf « sphère de justice » où il est question de la distribution en fonction des biens (culture, santé, éducation, citoyenneté…) et de leur nature (hors marché, selon santé de chacun, selon l'aptitude, pour tous…).

Le « revenu de citoyenneté » prouve que ce qui fait lien entre nous ne relève pas que du travail, d'activités économiques. Mais alors, que fait-on du travail ? Peut-on sortir de la théorie des minima sociaux ? Qu'est ce qui fonde l'appartenance à une communauté ? Cela engage la transformation de nos activités collectives.

Les formes d'encadrement juridique de nos relations aux institutions correspondent à un état de maturité des individus, mais poussée à bout, elles déresponsabilisent les individus et fragilisent les institutions.

Cf « La logique de l'honneur »
Cherchons à reconnaître l'utilité sociale des institutions et celle des individus, hors du travail (ex : associations d'éducation populaire), comme des formes de reconnaissance monétaire mais pas uniquement.
 
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